"Médiapart : Et pas avec le fluoropropane ?

Arnaud Montebourg : Je n’en suis pas là. Il est nécessaire de faire progresser la recherche et l'intelligence collective. Nous ne pouvons que combattre la pollution. Mais notre position sur les gaz de schiste ne doit pas être pour autant dogmatique : le débat, ce n’est pas être pour ou contre les gaz de schiste mais pour ou contre la pollution de ses conditions d'extraction.

Si on parvenait à une technique propre d’exploitation, on pourrait créer des centaines de milliers d’emplois et substituer le gaz aux hydrocarbures que nous importons. Cette révolution a permis aux États-Unis d’Amérique d’économiser 400 millions de tonnes de CO2 et de revenir 22 ans en arrière dans leur niveau d’émissions, en remplaçant le charbon par le gaz.

Médiapart : Oui, mais avec une technique que vous décrivez vous-même comme polluante !

Arnaud Montebourg : Certes. Mais il faut distinguer la technique d’extraction et le résultat sur le bouquet énergétique. Les gaz de schiste permettent de réduire drastiquement les émissions de CO2. Nous pourrions ainsi accélérer la substitution des hydrocarbures et financer nos énergies renouvelables dont le prix est très élevé. Pour moi, l’industrie et l’écologie ne sont pas des ennemies. Bien au contraire il nous faut les marier d'urgence !"

On lit en filigrane de ce discours toute la palette des arguments qui sont développés par les pro-gaz de schiste. 

C'est sur ce terrain que se porte aujourd'hui le débat : 

- réalité de l'intérêt économique des gaz de schiste : le débat que nous avons organisé avec Thomas Porcher et son livre "Le mirage du gaz de schiste" permettent d'être plus nuancé sur ce point : qui en profite, les pays ou l'actionnariat des compagnies pétrolières? ne peut-on lire ce "boom économique" dans la perspective des bulles spéculatives? 

- rôle dans la transition énergétique : au delà du "rêve d'Arnaud Montebourg" (pour reprendre le titre d'un de ses ouvrages), on peut s'interroger sérieusement sur la contradiction entre la fin (une production d'énergie s'inscrivant dans une perspective de développement durable) et les moyens (le recours à une nouvelle source d'énergie fossile) et sur les mécanismes qui vont limiter l'accroissement de la consommation énergétique (des études montrent que toute nouvelle source d'énergie s'ajoute aux autres et que la véritable substitution reste marginale)

- la diminution des émanations de CO2 : pas un mot n'est dit du rôle du méthane dans le réchauffement climatique. 

On trouvera dans les billets du blog de quoi alimenter le débat et il est d'actualité de répondre de la manière la plus rigoureuse à l'argumentaire recadré qui se met en place.