La nomination de Nicole Bricq au commerce extérieur n’a rien d’une promotion. Sous la précédente présidence, le ministère de l’écologie était un ministère d’Etat. Et même sans cette marque d’honneur, il est bien plus puissant actuellement, renforcé par l’énergie, que le portefeuille du commerce extérieur. Nicole Bricq a-t-elle été sanctionnée alors qu’elle venait de perdre un important arbitrage sur les forages pétroliers de Shell au large de la Guyane ?

La semaine dernière, elle avait annoncé le gel temporaire de ces permis       de recherche exploratoire, car ils n’apportent pas de « contrepartie suffisante pour l’intérêt national », et parce que « la prise en compte des problématiques d’environnement n’est pas satisfaisante ». Le ministère expliquait alors vouloir avant tout refonder le code minier, afin d’imposer plus de contraintes aux sociétés détentrices de permis.

Mais une semaine plus tard, le dossier a été repris en main par le premier ministre et le préfet de Guyane a reçu l'autorisation de signer les arrêtés préfectoraux permettant la relance des travaux. Le directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault, Christophe Chantepy, a reçu Laurence Parisot, la présidente du Medef, très remontée contre le gel des permis. La suspension temporaire des permis constitue une remise en cause de la parole de l’Etat, avançait la porte-parole du patronat. Au risque de placer l’exécutif en situation d’insécurité juridique vis-à-vis des pétroliers, et notamment Total, associé aux forages guyanais ?

« On pensait que Gérault Guibert, son directeur de cabinet, risquait de sauter, mais pas la ministre », confie le conseiller d’un ministre. Le bateau-plateforme de Shell, en provenance de Corée du Sud et à destination de la Guyane, n’a jamais dévié de sa route, croit savoir le responsable d’une ONG, y voyant un signe de l’assurance de la multinationale de parvenir à ses fins. Pendant sa campagne, François Hollande s’est clairement prononcé contre l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels : « Quelle que soit la méthode d'extraction, je suis pour l'interdiction claire et nette de l'exploitation des gaz et huiles de schistes », avait-il répondu à Greenpeace.

Mais il était beaucoup moins fermé au principe des forages off-shore, pourtant décriés pour leur risque environnemental – illustré par la catastrophe de la plateforme de BP, Deep Water Horizon, au large de la Floride : « Ces explorations doivent être soumises à une réglementation européenne plus contraignante », se contentait-il de répondre au même questionnaire de Greenpeace. Et encore plus ouvert quand il s’agit de la Guyane : « Ce que nous devons assurer, c'est d'avoir la retombée financière ici, en Guyane, de l'exploitation d'une richesse », avait-il déclaré à France-Guyane.fr.